
Le projet de ligne à très haute tension (THT ; 400 000 volts) entre Lille et Arras, on vous en a déjà parlé puisque le tracé supposé passe chez nous. D'ailleurs, la moitié des réunions d'information est organisée dans la CAHC. Mais la réunion de jeudi soir à Courcelles était spéciale car consacrée à la santé. Avec comme invitée, une chercheuse qui s'est montrée... inquiétante.
Ils n'étaient pas à la fête jeudi soir, les gens de chez RTE (Réseau de transport d'électricité). La faute au Docteur Annie Sasco invitée par la commission du débat public à faire part de ses observations sur le projet. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne s'est pas fait prier la toubib au CV long comme un bras, directrice de recherche INSERM, ancienne directrice de recherche au centre international de recherche sur le cancer... « Je me suis intéressée toute ma vie au lien entre cancer et environnement... Et je vais défendre un point de vue que RTE n'avait pas l'intention de vous présenter... » Le décor est planté : les champs électromagnétiques (CEM) vont en prendre pour leur grade.
Après l'exposé de Gaëtan Desquilbet, directeur de projet, sur RTE et sur le doublement de la ligne électrique existante (éditions précédentes) , le Dr Sasco reprend les rênes : anomalie de la reproduction, dépression, suicide, mal-être, pathologies cardio-vasculaires, cancers... et surtout, leucémie de l'enfant. Annie Sasco, limpide, explique que même s'ils ne sont pas légions, des cas de leucémie de l'enfant ont été répertoriés chez les bambins vivant près de lignes THT, ou dont la mère a passé sa grossesse près d'une ligne. Et que les champs à basse fréquence générés par ces lignes ont été classés en 2001 par le CIRC (centre international de recherche sur le cancer) en catégorie 2B, à savoir « cancérogène possible ». « Et depuis le temps a passé, reprend Annie Sasco. Et de nouvelles études démontrent ce risque chez l'enfant. » Chez le foetus et le tout petit précisément. En fait, des effets sur un organisme à développement rapide. « Ce risque n'est pas énorme, mais c'est un risque. Et là, se pose une question : celle de l'interaction entre les facteurs. Ici, par exemple, vous êtes en zone polluée.
Comment agissent les CEM sur les particules métalliques ? On ne sait pas. Pourquoi n'y aurait-il pas d'effet ? En 28 ans le nombre de cancers dans le monde a doublé, pourquoi ? Les modes de vie ont changé, mais ça n'explique pas tout. Pourquoi faire courir ce risque... » Face au public, remonté, Pascal Saint Eve, médecin du travail spécialiste des industries électrique et gazière, a eu bien du mal à faire entendre son point de vue. « Je surveille depuis 18 ans les travailleurs de RTE. Ce que je peux dire, c'est qu'il n'y a pas aujourd'hui de pathologie avérée. Certains vivent avec leur famille près des postes de transformation électrique, c'est donc qu'il n'y a aucun danger... » Et d'en appeler à l'OMS... Sauf qu'Annie Sasco revient un peu plus tard à la charge : « Je voudrais corriger, vous avez dit que l'OMS dit qu'il n'y a rien. Ce n'est pas exact. Ils disent que ces champs sont "possiblement cancérogènes sur l'humain" sur la base d'une évidence limitée concernant les leucémies de l'enfant. » Très peu de cas donc. Mais très peu, ce n'est pas rien.
LIGNE THT : QUESTIONS, RÉPONSES
La salle était pleine jeudi soir. Présidents d'associations, citoyens, élus, tous avaient des questions. Morceaux choisis, dans tous les styles...
« Pas un deuxième Coutiches » : Corinne Créquit, représentante de l'agglo du Douaisis : « Il y a 20 ans, deux lignes à 400 000 volts ont été construites à Coutiches. Et les gens ont subi des perturbations, du stress, de l'insomnie... Des études ont confirmé ça. Et même si ça n'est pas des cancers, ça reste des enjeux de santé publique ! Nous souhaitons l'enfouissement. » Réponse de Gaëtan Desquilbet : « La ligne aérienne coûterait 80M E si elle devait être enfouie, le coût passerait à 300M E. (...) Et même si la ligne était enfouie, les champs magnétiques passeraient quand même ou alors il faudrait qu'ils soient enterrés très profond, et là, c'est techniquement très compliqué. »
« Pas de maisons sous nos lignes » : Isabelle, « citoyenne et maman » demande : « Allez-vous faire des mesures et tenir compte des préconisations de l'OMS qui limite à 100 microtesla par champ électromagnétique ? » Réponse de RTE : « C'est un organisme indépendant qui sera chargé des mesures. Quant aux recommandations, nos lignes plafonnent à 35... Alors que le chargeur de votre téléphone portable est à 100 microtesla, la télé aussi... » Quant aux distances de sécurité aussi évoquées par Isabelle : « On n'aime pas que les gens viennent construire des maisons sous nos lignes, mais là, la question ce n'est pas à RTE qu'elle se pose mais aux élus qui autorisent ça... Nous on s'engage à ce que la ligne, il n'y ait pas de maison dessous. »
Médecine du travail, oui mais... : Ludovic Moronval, adjoint « EELV » d'Oignies rebondit sur le chargeur et la télé : « Le danger vient d'une exposition à long terme ! Quant à la médecine du travail, c'est bien, mais pendant des années elle a caché bien des choses, notamment sur Metaleurop ici ou sur les dangers de l'amiante... »
Le seul frein, c'est la distance : Ernest Vendeville, maire de Courcelles : « Est-ce que ça n'est pas possible de construire quelque chose autour des câbles ? » Réponse : « Il est très difficile d'arrêter un CEM. Le seul moyen, c'est de mettre de la distance. À chaque recul de deux mètres, le champ est divisé par quatre... »
Risque minime : Une Héninoise : « Pouvez-vous prouver qu'il n'y aura pas d'effets sur la santé ? » Réponse du médecin du travail, Pascal Saint Eve : « Une étude a été faite sur 224 000 salariés du domaine de l'électricité en France et au Canada. Rien n'a été mis en évidence. Pour la leucémie de l'enfant, on constate que le chiffre reste stable alors que le réseau se développe. En 2010, sur 12 800 enfants, on notait un risque de 1,46, c'est très faible... Et on sait qu'il y a d'autres facteurs de risque, comme le café par exemple. Ici, dans le Nord, on boit beaucoup de café... » Grondement dans la salle. Isabelle, la maman, reprend : « Et combien faudrait-il que je boive de tonnes de café pour courir le même risque ? Et qui a payé cette étude ? » Cette fois, c'est Annie Sasco qui répond : « L'un des signataires de l'étude a un frère patron d'une grande entreprise de téléphonie mobile... »
Cohorte de polluants : Un Arrageois : « Il faut aussi parler de la cohorte de polluants qui iront avec cette ligne ! Ne pensez-vous pas que les gens d'ici ont déjà assez payé en terme de santé ?... »
Enfouissement (bis) : Jeannette Willocq, maire de Moncheaux, revient sur l'enfouissement à grande profondeur. Réponse : « Notre conviction, c'est que l'aérien comme le souterrain n'a pas d'impact sur la santé. Plus on enterre profond, et plus il faut faire de gros câbles, là se posent des problèmes de coût et de maintenance... Mais c'est vrai que plus c'est profond, moins il y a de CEM. »
Les galeries minières : Emmanuel, citoyen : « Le tracé ouest passe au pied de trois terrils, avez-vous envisagé de récupérer les galeries minières pour passer les câbles ? » Réponse : « Non, on n'a pas regardé. C'est pas comme ça que ça marche le transport de courant. » Le tracé : Un habitant de Camphin-en-Carambault veut en savoir plus sur le tracé (est ou ouest). Réponse : « On n'en est pas là. »
VDN - Anna Morello